Mr Macron & le macareux moine : l'écosystème breton à la mer

- Publié sur le Télégramme le 18 oct. 2015 : ici -
Il existe dans le monde trois côtes de granit rose : en Corse, en Chine et en Bretagne. En plus de cette particularité géologique fascinante qui attire les touristes, les trois abritent une faune et une flore exceptionnelles. La protection de ces trésors naturels a toujours fait consensus, quels que soient les pouvoirs saisonniers. Malheureusement, le libéralisme échevelé poursuit son œuvre, sous couvert de 'modernisme' (ah, qu'il est utile ce mot...) et 'd'encouragement aux entreprises' (entendre 'multinationales'). Si la Corse et la Chinoise sont encore intactes aux dernières nouvelles, la Bretonne, elle, voit ses promesses de pérennité s'éloigner.
La Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN), propriété du groupe de recherche alimentaire Roullier (3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011), vient d'obtenir du ministre de l'économie et des finances Mr Macron le permis d'extraire annuellement 250.000m3 de sable, à 5kms des côtes armoricaines, et ce sur une durée de 15 ans.
Des années que le groupe tentait, à grands renforts de lobbying, d'obtenir cette autorisation ministérielle, cette "concession de sables calcaires coquilliers portant sur les fonds marins du domaine public maritime au large des côtes des départements du Finistère et des Côtes-d'Armor" (dixit le décret paru le mercredi 16 septembre 2015 au Journal Officiel) et ce, malgré la levée unanime de boucliers : de la part de la population (7000 manifestants à Lannion le 8 juin 2015 lors de la venue du ministre), des élus, des professionnels de la pêche, des associations.
Aberration politique, scandale écologique, non-sens industriel hurlent-ils en chœur.
Car le lieu d'extraction se situe sur une dune coquillère, soit le cœur même de l'écosystème régional ! Les bars, les lieus et autres poissons nobles se nourrissent des habitants de la dune sous-marine, en particulier des lançons. À quelques kilomètres, la fameuse réserve naturelle des 7 Îles abritant les oiseaux marins qui, eux, se nourrissent des chaînons précédents. Cette dune est d’ailleurs située juste entre deux zones Natura 2000. La turbidité induite par l’extraction, l’impact sur les courants et le dégraissement des plages entraineront des dégradations irréversibles sur cette côte qui est une des plus belles de Bretagne, entre Trébeurden, Ploumanach et Perros Guirec. Mr Macron ne doit guère être sensible aux charmes des macareux moine, des fous de Bassan et autres pingouins torda.
Il ne doit guère accorder beaucoup de crédit à une population en colère, lui qui a déclaré récemment : " Être élu ? Non merci, c'est l'ancien cursus ça ! "
Peut-être alors l'aspect économique du problème lui parlera-t-il davantage : les conséquences de cette autorisation sont évidentes : déclin de la faune marine, chute de l'activité dans le secteur de la pêche; dégradation du littoral, baisse de la fréquentation touristique et donc des emplois liés.
L'équilibre économique (et naturel) de la Bretagne est fragile, des capitaines d'industrie (la famille dirigeante Roullier : 29ème fortune du pays) aux dents longues ne peuvent pas recevoir impunément quitus pour le déstabiliser.
Peu chaut au médiatique 'moderniste de gauche' (...) visiblement : le décret est signé.
Il n'est cependant pas trop tard : le préfet n'a pas encore paraphé le droit d'exploitation. Une pétition circule contre cette privatisation des fonds marins et doit absolument gagner de l'ampleur pour faire reculer le gouvernement !
Mme Royal, ministre de l'écologie, totalement silencieuse sur ce dossier, devrait apprécier : elle qui en appelait un temps à la 'Démocratie participative'. L'écologie, ce gadget médiatique que l'on ressort uniquement en campagne...
Il est tout de même fort de café, à deux mois de la conférence COP21 censée sauver le monde et transformer Mr Hollande en guide vert suprême, d'apprendre dans le même temps :
- cette autorisation scélérate à dénaturer une région
- la baisse des effectifs et du budget de l'Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie (Ademe), bras armé de l'Etat supposé mettre en œuvre les politiques environnementales (révélation du Canard Enchaîné du 30 septembre 2015)
- l'attribution de nouveaux permis d'exploration pétrolière (lièvre levé par Mediapart le 30 septembre 2015).
En somme. " la maison qui brûle prêchi-prêcha...", les trémolos dans la voix pour les discours généralistes d'un côté et puis, la triste réalité des actes et des décisions de l'autre.
Moi, à choisir entre l'image d'un macareux moine posé sur un rocher breton, graillant tranquillement sa sardine fraîche et celle de Mr Macron pérorant dans les médias sur la soi-disant 'nécessaire transformation de l'économie française', je n'hésite pas une seconde.
Si vous voulez que vos bambins aperçoivent un jour un macareux ailleurs que dans un musée, signez cette pétition, prenez vos responsabilités de citoyens !
Quant à Mr Macron, lui, je ne me fais guère de soucis pour son avenir : l'ultra-libéralisme (TAFTA prochaine étape ?) est bien à deux doigts de la victoire totale.
Laisserez-vous faire ?
- Pétition ici -
- Suivi du dossier sur site du Peuple des dunes en Trégor (& sur FB)
Frédéric L'Helgoualch est l'auteur de 'Deci-Delà (puisque rien ne se passe comme prévu)'
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